Spectacle de gladiateurs ou exécution? (Sénèque)

Publié le par GO

Spectacle de gladiateurs ou exécution? (Sénèque)


TEXTE LATIN
 
Nihil tam damnosum bonis moribus quam in aliquo spectaculo desidere : tunc enim per voluptatem facilius vitia subrepunt... Casu in meridianum spectaculum incidi lusus exspectans et sales et aliquid laxamenti, quo hominum oculi ab humano cruore adquiescant: contra est. Quicquid ante pugnatum est. Misericordia fuit. Nunc omissis nugis mera homicidia sunt. Nihil habent quo tegantur. Ad ictum totis corporibus expositi numquam frustra manum mittunt. Hoc plerique ordinariis paribus et postulaticiis praeferunt. Quidni praeferant ? Non galea, non scuto repellitur ferrum. Quo munimenta ? Quo artes ? Omnia ista mortis morae sunt. Mane leonibus et ursis homines, meridie spectatoribus suis obiciuntur.
Interfectores interfecturis iubent obici et victorem in aliam detinent caedem : exitus pugnantium mors est. Ferro et igne geritur. Haec fiunt, dum vacat arena. Sed latrocinium fecit aliquis : "Occidit hominem." Quia occidit ille, meruit ut hoc pateretur: tu quid meruisti miser, ut hoc spectes ? "Occide, verbera, ure! Quare tam timide incurrit in ferrum ? Quare parum audacter occidit ? Quare parum libenter moritur?" Plagis agitur in vulnera : "Mutuos ictus nudis et obviis pectoribus excipiant." Intermissum est spectaculum : "Interim iugulentur homines, ne nihil agatur." Age, ne hoc quidem intellegitis, mala exempla in eos redundare, qui faciunt?


SÉNÈQUE, Lettres, 7, 2-5, partim.


TRADUCTION
 
Rien n'est aussi mauvais pour la morale que d'assister à un spectacle. Le plaisir qu'on y trouve ouvre la porte, plus aisément, au vice...
Un jour, par hasard, à midi, je me suis retrouvé au spectacle. J'attendais des jeux, des plaisanteries, de la détente, une diversion au sang humain que l'on répand sous nos yeux. Vaine espérance ! Dans les combats de la matinée, il y avait de la compassion. A midi, il n'y a pas de place pour les coeurs tendres, ce sont des mises à mort sans voiles. Les combattants, sans rien pour se garder des coups, ne frappent plus jamais dans le vide. Ces exhibitions, la plupart des gens les préfèrent aux rencontres de paires traditionnelles ou de stars.
Pourquoi pas, après tout ? Pas de casque, pas de bouclier pour parer les coups. A quoi bon des protections, des feintes qui ne sont que des trucs pour retarder la mort ? Le matin, les hommes sont exposés aux lions et aux ours ; le midi aux spectateurs. Ils exigent que les tueurs affrontent leurs futurs meurtriers qui joueront dans un autre carnage. Les combattants n'ont qu'une seule issue, la mort. Le problème se règle par le fer et le feu. Voilà ce qu'on fait pour éviter que l'arène reste vide.
- Celui-là, c'est un vaurien, il a tué un homme ! - Et alors ? - Parce qu'il a tué, il a mérité ce qui lui arrive. - Et toi, misérable, qu'as-tu fait (de mal) pour être condamné à regarder ces horreurs ? - Tue, frappe, brûle ! - Pourquoi est-il si mou en courant vers le fer ? Pourquoi a-t-il peur de tuer? - Il met peu de bonne volonté à mourir. - Coup pour coup ! - O merveille ! des deux côtés on se bat à poitrine nue !
On fait entracte. - On veut voir égorger des hommes ! - On ne veut pas de temps mort ! Ainsi donc, vous ne voulez pas comprendre que ces mauvais exemples rejaillissent sur ceux qui les donnent.
 

 

 

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