Cursus et combinaison de combat
Cursus et combinaison de combat
Il existait plusieurs « grades » parmi les gladiateurs. Les primi pali (les premier pieux) étaient des combattants chevronnés. Ce grade faisait référence au piquet de bois (palus) utilisé à l'entraînement. La disctinction apparaît à Rome, à l'époque flavienne, sur l'épitaphe du secutor T. Flavius Incitatus, seize fois vainqueur. Cet échelon supérieur se retrouve fréquemment aux Iième et IIIème siècles, tant en Orient qu'en Occident, avec d'autres grades: on connait aussi les secundi pali et les pali.
Le gladiateur débutant était un tiro. Sauf pour ces tirones – qui ne combattaient généralement qu'entre eux -, beaucoup de combinaisons étaient possibles entre les armaturae. C'est là qu'intervenait tout le savoir-faire du munéraire. La gladiature ne devait pas se limiter à une sordide boucherie: elle était un art d'escrimeur. Le théoricien militaire Végèce se plaisait d'ailleurs à vanter l'habileté des gladiateurs aux soldats des légions afin de les stimuler davantage. Plusieurs principes guidaient le munéraire dans ses arrangements. Dresser des gladiateurs lourds entre eux favorisait le combat rapproché et la force physique. L'opposition entre combattants légers accordait la priorité à l'agilité et à la technique. Les combinaisons les plus savantes consistaient à mettre en présence armaturae lourdes et légères. Fondé sur l'attaque, l'esquive et la poursuite, ce type de combat était très en vogue au Ier siècle. Ainsi, le rétiaire était opposé au mirmillon ou au secutor: la première version privilégiait la poursuite; la deuxième mettait l'accent sur l'opposition entre mouvement et immobilité.
Le rétiaire étant une catégorie assez méprisée, c'est surtout l'affrontement entre porteurs de petits boucliers – parmae – (thraces, hoplomaques et provocatores) et boucliers longs – scuta – (samnites, mirmillon, secutores) qui captivait les foules. Le public se rangeait en parmularii et en scutarii et la fièvre gagnait les plus hautes sphères du pouvoir: Caligula et Titus étaient des partisans des petits boucliers alors que Domitien était un inconditionnel des longs boucliers, à tel point qu'il fit jeter aux chiens un spectateur trop parmularius à son gré. Inscriptions et monuments figurés témoignent d'autres combinaisons: essédaires et equites combattaient toujours entre eux. On ne trouve en revanche jamais de rétiaires opposés à d'autres rétiaires. Les mirmillons, quant à eux, pouvaient s'affronter entre eux, mais ils se battaient le plus souvent contre les rétiaires et les provocatores ou les thraces.
Ces duels constituaient les moments forts du munus. Mais, pendant les entractes, des parodies de combat étaient offertes au public: démonstrations d'escrime par des paegniarii, parfois simplement armés de bâtons; affrontements d'andabates, condamnés entièrement cuirassés dont la tête disparaissait sous un casque sans oeilletons. Ils combattaient en aveugle et sans armes défensives. Cet affrontement se résumait donc à un terrible colin-maillard où chaque coup portait, lorsque l'adversaire était localisé.
Sous le règne de Néron, en 63, des gladiatrices parurent pour la première fois dans l'arène: « Il donna la même année des spectacles de gladiateurs aussi magnifiques que les précédents; mais beaucoup de femmes de haut rang et de sénateurs se dégradèrent en décendant dans l'arène. » (Tacite, Annales, XV, 32). Un passage de Pétrone cite le cas d'une femme essédaire (Satiricon, XLV, 7) et Juvénal (VI, 246-260) montre les gladiatrices à l'entraînement: « Elles creusent (le palus) à grands coup d'épée, elles l'assaillent avec leur bouclier, attentives à exécuter toute la série des commandements... Vois avec quelle ardeur émue elle assène les coups qu'on lui enseigne. » Les couples de gladiatrices semblent avoir été particulièrement appréciés sous le règne de Domitien. Ces amazones bien en chair et en os étaient aussi des femmes de caractère. Plusieurs se produisirent pendant les jeux Décennaux de Septime-Sévère où elles combattirent avec ardeur, injuriant au passage l'aristocratie installée dans la loge. Devenues fautrices de désordre et de troubles, l'empereur dut les proscrire de l'arène par un édit datant de l'an 200.