Les armaturae
L'onomastique latine traditionnelle (prénom, nom, surnom) sert rarement pour désigner les gladiateurs: ils sont
nommés, le plus souvent, par un sobriquet familier à tous les amateurs de munera. Ces noms d'arène font référence aux divinités et aux héros de la mythologie – Hermès, Astyanax, Perseus,
Cupido, Aiax, Patroclos, Bellérophon -, ou mettent l'accent sur les qualités physiques du gladiateur; la force: Héracléa (Le Costaud), Ursius (Fort comme un Ours); la vivacité: Fulgur (La
Foudre), Polydromos, Okus, Callidromos (Le Rapide). D'autres évoquent la chance: Faustus (Le Veinard), Felix (L'Heureux); Victor (La Victoire); Nicephoros..., ou le souvenir d'anciens gladiateurs
vedettes, tel ce Colombus de Nîmes, qui portait le nom d'un héros de l'arène du règne de Caligula. D'autres, enfin, doivent leur sobriquet à leur prestance: Ametystus, Beryllus (brillant, d'un
éclat précieux), Narcissos ou Callimorphos (Le Bien Bâti).
Lorsque le nouveau gladiateur arrivait dans le ludus, il commençait par choisir une arme, selon ses
aptitudes physiques, ou selon les besoins du laniste. Parmi la vingtaine d'armaturae connues, seules cinq ou six sont identifiées avec précision:
Le samnite, gladiateur lourd, est la catégorie la plus anciennement attestée. Tite Live rapporte qu'en
310 av. J.-C., après une défaite des Samnites, les Campaniens, alliés des Romains, récupérèrent sur le champ de bataille les armes des vaincus tués au combat et en équipèrent des gladiateurs
qu'ils exhibèrent dans l'arène (Tite Live, IX, 40). Le gladiateur samnite était armé d'une épée droite. Très répandu à l'époque républicaine, il dispraut sous le règne d'Auguste.
Le gaulois était d'un type contemporain du samnite: sans autre protection qu'un casque et un grand
bouclier (scutum), il était armé d'une longue épée avec laquelle il frappait de taille. Lui aussi s'effaça au début de l'Empire.
La sica, une épée recourbée, était l'arme caractéristique du Thrace. Celui-ci était protégé par un petit bouclier, souvent de forme carrée (parma) et par deux jambières (ocreae) qui montaient jusqu'aux
cuisses. Il portait un casque à rebord (galea).
Le casque de l'époque républicaine laisser le visage sans protection, puis, sous l'Empire, il fut munit d'une
visière. Dans la seconde moitié du Ier siècle, la bordure s'élargit et sa courbure s'accentua. Les oeilletons disparurent pour faire place à une grille, qui ne couvrit d'abord que la moitié
supérieure, puis la totalité de la visière. Aux Iième et IIIème siècles, le casque devint plus étroit. L'armement défensif des gladiateurs était conçu à partir d'un principe simple: protéger les
parties du corps où une blessure, même légère, pouvait gravement handicaper le combattant. Il fallait en effet que le duel durât!
L'hoplomaque était lui aussi lourdement armé. Il apparut à l'époque impériale alors que disparaissait le
samnite. Leurs armes étaient de ce fait comparables: scutum, ocreae à la jambe gauche, casque à aigrette et épée droite (gladius).
Le provocator, comme son nom l'indique, représentait une armatura plus technique. Maître de la
contre-attaque, il provoquait l'adversaire, puis ripostait brusquement. Son épée, la spatha, était, semble-t-il plus longue que le gladius traditionnel des samnites et des hoplomaques.
Le secutor maniait aussi des
armaturae lourdes: gladius, bouclier long, jambière à la jambe gauche. Son casque remarquable, sans rebord, surmonté d'un court cimier, était
bien adapté à la lutte contre le rétiaire, son adversaire traditionnel. Le casque offrait en effet moins de prise au filet que celui des autres gladiateurs.
Le mirmillon, héritier direct
du gaulois d'époque républicaine, était également opposé au rétiaire. Son nom provient du poisson (en grec mormyros) qui décorait son casque.
« Ce n'est pas toi que je poursuis, c'est le poisson, pourquoi me fuis-tu gaulois? » Cette chanson que le rétiaire entonnait avant de
lancer l'attaque décisive prend ici toute sa signification et prouve la filiation entre le gaulois et le mimillon. Comme celui du gaulois, l'armement défensif du mirmillon était limité à un grand
bouclier, le fameux scutum murmilliconum qu'évoque un passage de Festus. Peut être s'agissait-il d'un bouclier hexagonal allongé semblable aux
boucliers gaulois.
Une stèle trouvée à Tomis (Roumanie) a permis à Louis Robert de définir une troisième armatura lourde, exclusivement opposée au rétiaire:
le contra-retiarius. Ce dernier était pesamment équipé: casque, lourde cotte descendant jusqu'à mi-cuisse,
ocreae aux jambes, mais pas de bouclier. Son armement offensif consistait en une épée et une sorte de gaffe terminée par une lance en forme de
croissant, destinée à déchirer le filet de son adversaire. Le contre-rétiaire la maniait de son bras gauche protégé par un manchon métallique au bout duquel était fixé
l'arme.
A cause de son équipement offensif si caractéristique, le rétiaire, gladiateur léger, a frappé les imaginations. Sa panoplie rappelle en effet celle du pêcheur: filet, trident
(fuscina) et poignard. Son armement défensif, en revanche, est réduit au minimum: pas de casque, mais des chevillères
(fasciae) et un brassard (manica) qui protégeait le bras gauche, le plus exposé par le
maniement du filet ou du trident. Le galerus, une large épaulière, couvrait la base du cou et donnait au rétiaire une silhouette particulière.
Tous, cependant, ne portait pas le galerus, mais seulement une armure souple qui recouvrait le cou, le bras et tout le flanc gauche. Le maniement
du filet, rattaché au ceinturon par une cordelette, exigeait une grande dextérité. Si son rival l'esquivait et l'accrochait, le rétiaire devait couper le lien à l'aide de son poignard. La suite
du combat dépendait alors de son adresse et de sa rapidité. Il se retournait pour contenir la poursuite et lançait sa contre-attaque en tenant le trident des deux mains: la droite au bas de la
hampe et la gauche serrant aussi le poignard près de la fourche. Cette position s'observe fréquemment sur les monument figurés (mosaïque de Cos, Reims, Bignor).
Enfin, le laquearius
était proche du rétiaire par son armement défensif (manica, galerus), mais une sorte de lasso remplaçait le filet.
Quelques types de gladiateurs dérivaient des contingents militaires: par exemple les vélites, qui
luttaient à distance avec des javelots qu'ils propulsaient au moyen d'une courroie de cuir. La trajectoire y gagnait en portée et en précision.
Les sagittarii combattaient aussi à distance avec leurs arcs. Pour toute protection, ils n'avaient que
la manica qu'ils portaient au bras droit.
Les equites combattaient à cheval, vêtus d'une tunique courte, protégés d'un casque à visière, d'un
petit bouclier rond (parma), et armés d'une lance et d'une épée courte. Il arrivait en effet que le combat se poursuivît à pied!
Les légions de César, puis celles de Claude, s'étaient opposées aux soldats bretons grimpés sur des chars
légers (essedarii). Chaque char emportait deux hommes: le cocher, le plus honoré, qui tenait le rôle principal, et un guerrier lanceur de javelots. Le gladiateur essédaire apparut
dans l'amphithéâtre sous les règnes de Claude et Néron, mais nous ignorons si l'équipage comptait un homme seul ou deux.
Pour quelques types de gladiateurs connus, beaucoup restent mystérieux, notamment parmi les armaturae
lourdes. Le pantarius, le scisso, le pulsator paraissent devoir leur nom à des techniques particulières d'attaque. Le spatharius, qui maniait la spatha –
l'épée longue -, appartenait à plusieurs armes. Le dimachère combattait avec une épée dans chaque main. Parmi les gladiateurs légers, enfin, l'hastarius était plutôt un vélite qu'un
hoplomaque (L. Robert). Certains héros de l'arène, polyvalents, maniaient aussi bien la sica du thrace que le trident du rétiaire.