Lundi 23 février 2009
 

Les héros de l'arène


Des inscriptions détaillent souvent le palmarès des meilleurs gladiateurs. Maximus, du ludus impérial de Capoue dans la première moitié du Ier siècle, fut quarante fois vainqueur et obtint trente-six couronnes (CIL, VI, 33952). Les combattant méritants pouvaient être récompensés par un affranchissement: les gladiateurs libérés (liberati, on dit aussi rudiarii) étaient alors dégagés de leur obligation de combattre. Certains, devenus riches, se transformaient en notables, propriétaires d'une belle maison de campagne tandis que leurs fils cherchaient à occuper au théâtre les places des chevaliers (Juvénal, III, 158). Mais ces carrières au dénouement heureux étaient l'exception: d'après les épitaphes, l'âge moyen du décès des gladiateurs était situé entre 20 et 30 ans. Il existe quelques situations exceptionnelles: une stèle du musée d'Istanbul montre deux gladiateurs, Néôn et Philémôn, réformés sans doute pour des raisons de santé (Hellenica, V, n°320).


Les gladiateurs les plus talentueux jouissaient d'une immense popularité: un thrace surnommé suspirium puellarum, « le soupir des jeunes filles » mettait en transe les femmes de Pompéi! Les nombreux graffiti qui mettent en scène les acteurs de l'arène témoignent aussi de cet engouement. Dans l'une de ses Satires, le poète Juvénal a raillé ces passions incontrôlées: Epia, une épouse de sénateur, abandonna son notable de mari pour suivre un aventurier, le célèbre Sergiolus, un gladiateur charismatique, magré son bras tailladé, son nez cassé et son oeil poché et l'accompagna jusqu'en Egypte (Juvénal, Satires, VI, 82-114).

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Dimanche 22 février 2009
 

Les chasseurs


Les venatores que l'on doit clairement distinguer des bestiarii, étaient des chasseurs professionnels entraînés comme des gladiateurs. Leur costume est très léger, pour ne pas gêner leurs mouvements, reconnaissables à leurs courtes tuniques. Cependant, quelques chasseurs ont porté des collants décorés ainsi que l'attestent des mosaïques africaines des IIème et IIIème siècles. Certains sont quasiment nus; d'autres encore ont le torse et le bras gauche protégés par des plaques de cuir richement ornées. Les chasses étaient très populaires en Afrique, comme le montrent les pavements des nombreuses et luxueuses villae. La célèbre mosaïque de Smirat (Tunisie) constitue un véritable reportage épigraphique et iconographique d'une chasse mémorable donnée à une date inconnue du IIIème siècle ap. J.-C. par le riche Magérius, un célèbre notable de Byzacène côtière.


Comme pour le munus, des femmes ont également pris part à certaines venationes. D'après plusieurs sources concordantes (Dion Cassius, Suétone, Martial), des femmes venatares participèrent à l'inauguration du Colisée: « Le lion abattu dans la vaste vallée de Némée, exploit illustre et vraiment digne d'Hercule, voilà ce que redisait la Renommées. Que l'antique légende se taise: car, après les spectacles que tu as donnés, César, nous devons désormais reconnaître qu'une femme peut accomplir semblable prouesse. » (Martial, Spectacles, 6 b).

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Dimanche 22 février 2009
 

Cursus et combinaison de combat


Il existait plusieurs « grades » parmi les gladiateurs. Les primi pali (les premier pieux) étaient des combattants chevronnés. Ce grade faisait référence au piquet de bois (palus) utilisé à l'entraînement. La disctinction apparaît à Rome, à l'époque flavienne, sur l'épitaphe du secutor T. Flavius Incitatus, seize fois vainqueur. Cet échelon supérieur se retrouve fréquemment aux Iième et IIIème siècles, tant en Orient qu'en Occident, avec d'autres grades: on connait aussi les secundi pali et les pali.


Le gladiateur débutant était un tiro. Sauf pour ces tirones – qui ne combattaient généralement qu'entre eux -, beaucoup de combinaisons étaient possibles entre les armaturae. C'est là qu'intervenait tout le savoir-faire du munéraire. La gladiature ne devait pas se limiter à une sordide boucherie: elle était un art d'escrimeur. Le théoricien militaire Végèce se plaisait d'ailleurs à vanter l'habileté des gladiateurs aux soldats des légions afin de les stimuler davantage. Plusieurs principes guidaient le munéraire dans ses arrangements. Dresser des gladiateurs lourds entre eux favorisait le combat rapproché et la force physique. L'opposition entre combattants légers accordait la priorité à l'agilité et à la technique. Les combinaisons les plus savantes consistaient à mettre en présence armaturae lourdes et légères. Fondé sur l'attaque, l'esquive et la poursuite, ce type de combat était très en vogue au Ier siècle. Ainsi, le rétiaire était opposé au mirmillon ou au secutor: la première version privilégiait la poursuite; la deuxième mettait l'accent sur l'opposition entre mouvement et immobilité.


Le rétiaire étant une catégorie assez méprisée, c'est surtout l'affrontement entre porteurs de petits boucliers – parmae – (thraces, hoplomaques et provocatores) et boucliers longs – scuta – (samnites, mirmillon, secutores) qui captivait les foules. Le public se rangeait en parmularii et en scutarii et la fièvre gagnait les plus hautes sphères du pouvoir: Caligula et Titus étaient des partisans des petits boucliers alors que Domitien était un inconditionnel des longs boucliers, à tel point qu'il fit jeter aux chiens un spectateur trop parmularius à son gré. Inscriptions et monuments figurés témoignent d'autres combinaisons: essédaires et equites combattaient toujours entre eux. On ne trouve en revanche jamais de rétiaires opposés à d'autres rétiaires. Les mirmillons, quant à eux, pouvaient s'affronter entre eux, mais ils se battaient le plus souvent contre les rétiaires et les provocatores ou les thraces.


Ces duels constituaient les moments forts du munus. Mais, pendant les entractes, des parodies de combat étaient offertes au public: démonstrations d'escrime par des paegniarii, parfois simplement armés de bâtons; affrontements d'andabates, condamnés entièrement cuirassés dont la tête disparaissait sous un casque sans oeilletons. Ils combattaient en aveugle et sans armes défensives. Cet affrontement se résumait donc à un terrible colin-maillard où chaque coup portait, lorsque l'adversaire était localisé.


Sous le règne de Néron, en 63, des gladiatrices parurent pour la première fois dans l'arène: « Il donna la même année des spectacles de gladiateurs aussi magnifiques que les précédents; mais beaucoup de femmes de haut rang et de sénateurs se dégradèrent en décendant dans l'arène. » (Tacite, Annales, XV, 32). Un passage de Pétrone cite le cas d'une femme essédaire (Satiricon, XLV, 7) et Juvénal (VI, 246-260) montre les gladiatrices à l'entraînement: « Elles creusent (le palus) à grands coup d'épée, elles l'assaillent avec leur bouclier, attentives à exécuter toute la série des commandements... Vois avec quelle ardeur émue elle assène les coups qu'on lui enseigne. » Les couples de gladiatrices semblent avoir été particulièrement appréciés sous le règne de Domitien. Ces amazones bien en chair et en os étaient aussi des femmes de caractère. Plusieurs se produisirent pendant les jeux Décennaux de Septime-Sévère où elles combattirent avec ardeur, injuriant au passage l'aristocratie installée dans la loge. Devenues fautrices de désordre et de troubles, l'empereur dut les proscrire de l'arène par un édit datant de l'an 200.

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Vendredi 20 février 2009
 

Les armaturae


L'onomastique latine traditionnelle (prénom, nom, surnom) sert rarement pour désigner les gladiateurs: ils sont nommés, le plus souvent, par un sobriquet familier à tous les amateurs de munera. Ces noms d'arène font référence aux divinités et aux héros de la mythologie – Hermès, Astyanax, Perseus, Cupido, Aiax, Patroclos, Bellérophon -, ou mettent l'accent sur les qualités physiques du gladiateur; la force: Héracléa (Le Costaud), Ursius (Fort comme un Ours); la vivacité: Fulgur (La Foudre), Polydromos, Okus, Callidromos (Le Rapide). D'autres évoquent la chance: Faustus (Le Veinard), Felix (L'Heureux); Victor (La Victoire); Nicephoros..., ou le souvenir d'anciens gladiateurs vedettes, tel ce Colombus de Nîmes, qui portait le nom d'un héros de l'arène du règne de Caligula. D'autres, enfin, doivent leur sobriquet à leur prestance: Ametystus, Beryllus (brillant, d'un éclat précieux), Narcissos ou Callimorphos (Le Bien Bâti).


Lorsque le nouveau gladiateur arrivait dans le ludus, il commençait par choisir une arme, selon ses aptitudes physiques, ou selon les besoins du laniste. Parmi la vingtaine d'armaturae connues, seules cinq ou six sont identifiées avec précision:


Le samnite, gladiateur lourd, est la catégorie la plus anciennement attestée. Tite Live rapporte qu'en 310 av. J.-C., après une défaite des Samnites, les Campaniens, alliés des Romains, récupérèrent sur le champ de bataille les armes des vaincus tués au combat et en équipèrent des gladiateurs qu'ils exhibèrent dans l'arène (Tite Live, IX, 40). Le gladiateur samnite était armé d'une épée droite. Très répandu à l'époque républicaine, il dispraut sous le règne d'Auguste.


Le gaulois était d'un type contemporain du samnite: sans autre protection qu'un casque et un grand bouclier (scutum), il était armé d'une longue épée avec laquelle il frappait de taille. Lui aussi s'effaça au début de l'Empire.


La sica, une épée recourbée, était l'arme caractéristique du Thrace. Celui-ci était protégé par un petit bouclier, souvent de forme carrée (parma) et par deux jambières (ocreae) qui montaient jusqu'aux cuisses. Il portait un casque à rebord (galea).


Le casque de l'époque républicaine laisser le visage sans protection, puis, sous l'Empire, il fut munit d'une visière. Dans la seconde moitié du Ier siècle, la bordure s'élargit et sa courbure s'accentua. Les oeilletons disparurent pour faire place à une grille, qui ne couvrit d'abord que la moitié supérieure, puis la totalité de la visière. Aux Iième et IIIème siècles, le casque devint plus étroit. L'armement défensif des gladiateurs était conçu à partir d'un principe simple: protéger les parties du corps où une blessure, même légère, pouvait gravement handicaper le combattant. Il fallait en effet que le duel durât!


L'hoplomaque était lui aussi lourdement armé. Il apparut à l'époque impériale alors que disparaissait le samnite. Leurs armes étaient de ce fait comparables: scutum, ocreae à la jambe gauche, casque à aigrette et épée droite (gladius).


Le provocator, comme son nom l'indique, représentait une armatura plus technique. Maître de la contre-attaque, il provoquait l'adversaire, puis ripostait brusquement. Son épée, la spatha, était, semble-t-il plus longue que le gladius traditionnel des samnites et des hoplomaques.


Le secutor maniait aussi des armaturae lourdes: gladius, bouclier long, jambière à la jambe gauche. Son casque remarquable, sans rebord, surmonté d'un court cimier, était bien adapté à la lutte contre le rétiaire, son adversaire traditionnel. Le casque offrait en effet moins de prise au filet que celui des autres gladiateurs.


Le mirmillon, héritier direct du gaulois d'époque républicaine, était également opposé au rétiaire. Son nom provient du poisson (en grec mormyros) qui décorait son casque. « Ce n'est pas toi que je poursuis, c'est le poisson, pourquoi me fuis-tu gaulois? » Cette chanson que le rétiaire entonnait avant de lancer l'attaque décisive prend ici toute sa signification et prouve la filiation entre le gaulois et le mimillon. Comme celui du gaulois, l'armement défensif du mirmillon était limité à un grand bouclier, le fameux scutum murmilliconum qu'évoque un passage de Festus. Peut être s'agissait-il d'un bouclier hexagonal allongé semblable aux boucliers gaulois.


Une stèle trouvée à Tomis (Roumanie) a permis à Louis Robert de définir une troisième armatura lourde, exclusivement opposée au rétiaire: le contra-retiarius. Ce dernier était pesamment équipé: casque, lourde cotte descendant jusqu'à mi-cuisse, ocreae aux jambes, mais pas de bouclier. Son armement offensif consistait en une épée et une sorte de gaffe terminée par une lance en forme de croissant, destinée à déchirer le filet de son adversaire. Le contre-rétiaire la maniait de son bras gauche protégé par un manchon métallique au bout duquel était fixé l'arme.


A cause de son équipement offensif si caractéristique, le rétiaire, gladiateur léger, a frappé les imaginations. Sa panoplie rappelle en effet celle du pêcheur: filet, trident (fuscina) et poignard. Son armement défensif, en revanche, est réduit au minimum: pas de casque, mais des chevillères (fasciae) et un brassard (manica) qui protégeait le bras gauche, le plus exposé par le maniement du filet ou du trident. Le galerus, une large épaulière, couvrait la base du cou et donnait au rétiaire une silhouette particulière. Tous, cependant, ne portait pas le galerus, mais seulement une armure souple qui recouvrait le cou, le bras et tout le flanc gauche. Le maniement du filet, rattaché au ceinturon par une cordelette, exigeait une grande dextérité. Si son rival l'esquivait et l'accrochait, le rétiaire devait couper le lien à l'aide de son poignard. La suite du combat dépendait alors de son adresse et de sa rapidité. Il se retournait pour contenir la poursuite et lançait sa contre-attaque en tenant le trident des deux mains: la droite au bas de la hampe et la gauche serrant aussi le poignard près de la fourche. Cette position s'observe fréquemment sur les monument figurés (mosaïque de Cos, Reims, Bignor).


Enfin, le laquearius était proche du rétiaire par son armement défensif (manica, galerus), mais une sorte de lasso remplaçait le filet.


Quelques types de gladiateurs dérivaient des contingents militaires: par exemple les vélites, qui luttaient à distance avec des javelots qu'ils propulsaient au moyen d'une courroie de cuir. La trajectoire y gagnait en portée et en précision.


Les sagittarii combattaient aussi à distance avec leurs arcs. Pour toute protection, ils n'avaient que la manica qu'ils portaient au bras droit.


Les equites combattaient à cheval, vêtus d'une tunique courte, protégés d'un casque à visière, d'un petit bouclier rond (parma), et armés d'une lance et d'une épée courte. Il arrivait en effet que le combat se poursuivît à pied!


Les légions de César, puis celles de Claude, s'étaient opposées aux soldats bretons grimpés sur des chars légers (essedarii). Chaque char emportait deux hommes: le cocher, le plus honoré, qui tenait le rôle principal, et un guerrier lanceur de javelots. Le gladiateur essédaire apparut dans l'amphithéâtre sous les règnes de Claude et Néron, mais nous ignorons si l'équipage comptait un homme seul ou deux.


Pour quelques types de gladiateurs connus, beaucoup restent mystérieux, notamment parmi les armaturae lourdes. Le pantarius, le scisso, le pulsator paraissent devoir leur nom à des techniques particulières d'attaque. Le spatharius, qui maniait la spatha – l'épée longue -, appartenait à plusieurs armes. Le dimachère combattait avec une épée dans chaque main. Parmi les gladiateurs légers, enfin, l'hastarius était plutôt un vélite qu'un hoplomaque (L. Robert). Certains héros de l'arène, polyvalents, maniaient aussi bien la sica du thrace que le trident du rétiaire.

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Jeudi 19 février 2009
 

Les gladiateurs nomades


Suivant le rythme des combats, les gladiateurs voyageaient fréquemment d'un bout à l'autre de l'Empire. Cette mobilité variait suivant les contrats négociés entre les munéraires et les lanistes. Pompéi attirait des gladiateurs venus de toute la Campanie, de Capoue notamment. Ce nomadisme affectait bien entendu le personnel du ludus dans son ensemble. Les mouvements se faisaient aussi bien de l'Occident vers l'Orient que dans le sens inverse. Beaucoup de gladiateurs grecs ou orientaux ont ainsi été engagés dans des munera occidentaux. Des troupes de combattants de l'arène suivaient aussi les empereurs en déplacement: Caligula, en visite à Lyon, donna un munus avec des propres hommes.

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